Stratégie Digital Learning –

Ce que l’école peut apprendre à la formation professionnelle

Article écrit par Sophie Cohendet, Co fondatrice de LearnAssembly et initialement publié sur le site de FocusRH

J’ai eu la chance d’assister récemment à la projection d’un court métrage documentaire[1] qui se plonge dans l’univers d’une école laboratoire canadienne, aussi appelée Lab School.

Une « lab school » est une école dont les enseignants conduisent des recherches au travers de leurs pratiques pédagogiques. Dans ce cadre, l’école est adossée à une équipe de recherche ou une université ou une institution qui forme des enseignants.

Les lab schools ont la particularité de marier enseignement, formation des élèves et des professeurs, et recherche. Ces écoles accompagnent les élèves aussi bien dans l’acquisition des connaissances que dans la globalité des apprentissages pour leur permettre de devenir des citoyens responsables, autonomes et solidaires. Elles existent en Amérique du Nord depuis le XIXe siècle. En France, la première école devrait voir le jour très prochainement et accueillir environ 600 élèves.

En quoi ces lab schools sont-elles riches d’enseignement pour la formation des adultes et l’apprentissage tout au long de la vie ?

Apprendre dans un lieu sécurisant

L’importance des lieux dans la formation n’est plus à démontrer[2] et les lab schools n’échappent pas à ce principe. L’environnement d’apprentissage y est pensé pour rappeler la maison et faire en sorte que les enfants se sentent « chez eux » : du mobilier aux espaces modulables, tout est fait pour créer un lieu dans lequel l’enfant se sente en sécurité et puisse notamment exprimer ses émotions.

Si nous portons un regard sur les lieux actuels de formation professionnelle, aussi bien physiques que virtuels, nous sommes encore bien loin de lieux dans lesquels les collaborateurs peuvent évoluer en sécurité « psychique » et se sentir chez eux (exception faite, peut-être, de certains environnements « flex office »). Sans parler d’y exprimer leurs émotions ! La montée en puissance des tiers lieux (fab labs, incubateurs, bibliothèques…) est de ce point de vue édifiante : ces carrefours polymorphes hors des murs de l’entreprise offrent aux collaborateurs de nos entreprises une immersion émotionnelle, et une flexibilité favorable à l’apprentissage.

L’envie d’apprendre comme critère de sélection

Dans la lab school canadienne, point de sélection des élèves (à ceci près que cette école est privée, donc payante, et que nous pourrions dédier un autre article à cette question)… Seule l’envie d’apprendre est requise. Faisons le parallèle avec nos entreprises : quels sont aujourd’hui  les espaces spatio-temporels où l’envie d’apprendre du collaborateur, peut s’exprimer pleinement, indépendamment de son niveau hiérarchique, de son département et du budget formation ?

Favoriser l’apprentissage entre pairs

Au sein de la lab school canadienne « Jackman », les professeurs suivent des groupes d’élèves de différents niveaux. Un professeur interrogé dans le document insiste sur le fait qu’il suit 25 individus différents et non un groupe homogène. Dès lors comment peut-on personnaliser l’apprentissage ? Comment développer chaque individu ? 

Les lab schools ont misé sur la confiance et le mentorat par les pairs afin d’apporter une réponse à ce sujet épineux. En effet, elles ne s’organisent pas en classes en tant que telles : les élèves de différents niveaux évoluent côte à côte et s’entraident. Plus particulièrement, les élèves les plus expérimentés ont l’obligation d’aider les plus jeunes.

Dans ces écoles, la confiance repose avant tout sur la capacité à pouvoir échanger et partager avec n’importe quel interlocuteur dans l’école rapidement et simplement, quel que soit son statut ou sa fonction. Là encore, le parallèle avec la formation professionnelle dans nos organisations me semble intéressant. Le reverse mentoring et le compagnonnage ont certes ouvert la voie à ces réflexions, mais restent encore sous-développés dans les entreprises.

Quels dispositifs existent dans nos entreprises pour favoriser cet apprentissage entre pairs, indépendamment des niveaux hiérarchiques et des entités métiers ? Comment encourage-t-on nos collaborateurs les plus expérimentés à transmettre aux autres ?

Etre en confiance pour apprendre par réciprocité

Au delà du sujet des dispositifs pédagogiques,  l’apprentissage entre pairs  pose la question de la confiance dans le groupe, mais aussi dans les autres. L’anthropologue britannique Robin Dunbar soulignait dans ses travaux que « 150 semble correspondre au nombre maximal de personnes avec lesquelles l’être humain peut avoir une authentique relation sociale ». La société WL Gore & Associés s’est d’ailleurs structurée en entités de 150 personnes pour faciliter l’autonomie, l’agilité et l’apprentissage dans l’entreprise.

Pouvons-nous imaginer un jour qu’il existe des « squads d’apprentissage » d’environ 150 collaborateurs afin de favoriser l’apprentissage social et informel ?  Serons-nous capables de construire en entreprise et hors de l’entreprise de véritables réseaux d’échanges réciproques de savoirs au sens au Claire Héber-Suffrin [3]l’entend au niveau de l’école ?

Apprendre à apprendre

Enfin, je terminerai ces quelques observations en notant que les lab schools ont su donner aux membres de leur équipe pédagogique trois rôles en un : le professeur est à la fois enseignant, apprenant (il apprend « avec » et « de » ses élèves) et chercheur. Pascale Haag, créatrice du Lab School Network, compare cette réflexion sur la méta-cognition au fonctionnement des CHU. Elle souligne d’ailleurs que ce fonctionnement a permis de nombreuses avancées en médecine. Pour finir de filer la métaphore entre écoles et entreprises, je m’interroge également sur le développement de ces réflexions sur la méta-cognition aux échelles individuelles et collectives au sein de nos organisations.

Est-ce que les universités d’entreprise seront dans un futur proche en capacité de mieux comprendre les modes et styles d’apprentissage de leurs collaborateurs ? De réinterroger et d’auditer l’impact de leurs dispositifs de formation avec finesse et clairvoyance plutôt que de cocher la case de la dernière modalité learning à la mode ?

Nul doute que l’école a encore beaucoup de choses à nous apprendre !

[1] « Une école, des émotions – The possible School » réalisé par Daisy Gand – 26 min

[2] Conférence “Learning places of the future “ ELIG 2016

[3]  Apprendre par la réciprocité (réinventer ensemble les démarches pédagogiques) – Claire Héber-Suffrin 2016

A propos de LearnAssembly

Créé fin 2013, LearnAssembly est un acteur du maintien de l’employabilité, à l’heure du digital. Via nos solutions mêlant différentes modalités pédagogiques, nous concevons des stratégies et des expériences learning qui transforment les pratiques et les mentalités. Nous pensons que la formation est devenu un enjeu de responsabilité sociétale et que les entreprises qui maintiendront leur performance sont celles qui sauront apprendre en permanence.

Chez LearnAssembly, nous persuadés que les équipes learning doivent remonter dans la chaine de valeur interne des entreprises pour développer une culture de l’apprentissage permanent. Cette learning agility passe la capacité des universités d’entreprise et formation à anticiper les transformations, proposer des modalités pédagogiques innovantes et surprendre ses collaborateurs. Découvrez nos programmes qui feront de vos services formation des acteurs incontournables du changement.

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